Association Amicale des Essais en Vol
En 1949, sous les ordres du Colonel SAUTIER, la section Armement du détachement CEV à Orange quitte la base aérienne pour s’installer au CEV à Brétigny.
Le rôle de la section Armement est d’effectuer les essais en vol et au sol des matériels d’armement destinés aux avions militaires.
Dès son arrivée à Brétigny, une butte de tir de grande dimension fut construite pour les essais au sol des mitrailleuses, canons et munitions.
Pour les essais en vol, le terrain de Brétigny ne se prêtait pas, pour des raisons de sécurité, à des tirs ou des largages de bombes. Un premier essai de tir de roquettes en air-sol pour mesurer leur dispersion le confirma…Une roquette termina sa trajectoire près du bureau du Directeur, installé à l’époque aux « casernes ».
L’IG BONTE, directeur du CEV, appela son ami le Colonel SAUTIER et lui dit : « Pierre, trouve un autre terrain pour tes essais ».
Le Colonel connaissait la base de Cazaux et sa vocation avant guerre d’école de tir et de bombardement où il avait servi. Il obtint, après négociation avec l’Armée de l’Air, l’implantation d’un petit détachement de techniciens sur ce site. Ce fut le début du Centre d’Essais en Vol de Cazaux.
En 1950, le Service Technique de l’Aéronautique demanda à la section Armement les essais d’un canon prototype Mauser de 30 mm à barillet, identifié 3C GF, en provenance de l’atelier de chargement de Mulhouse ; ce canon avait équipé le Messerschmitt ME 262. Son barillet a 5 chambres, dont 2 étaient utilisées pour le chargement en deux temps, permettait d’atteindre, avec la mise à feu électrique, une cadence de tir de 1200 coups/minute.
Je pense que cela devait être en octobre 1951, une délégation Saoudienne était en visite au CEV. Dans le cadre de cette visite, une présentation du canon avec tir eut lieu à la butte de tir, en présence de responsables du Service Technique.
La cadence de tir était impressionnante : 1200 coups/mn !
Au cours d’une rafale, un obus a touché le mur de la butte et un éclat de béton tomba par ricochet derrière les personnalités. Dans le bruit du tir et des conversations, personne n’y prêta attention. Heureusement, cela aurait pu provoquer un incident diplomatique…
Avec le canon DEFA 541, de nouvelles améliorations furent apportées à tous les modèles :
Lors des essais en haute altitude, les canons s’enrayaient dès le départ du tir, la culasse restant bloquée à mi-course.
Je me souviens à Cazaux en 1950, lors d’un tir dans cette configuration, le Colonel SAUTIER nous informe à son retour qu’un canon n’a pas fonctionné, mais surprise…au même instant le canon incriminé tire un obus ! Heureusement qu’il n’y avait personne devant l’avion qui était orienté vers la campagne cazaline. Aucun dégât ne fut signalé.
Cela confirmait que la culasse mobile qui avait été bloquée par le froid s’était libérée avec le réchauffement au sol, provoquant le départ du coup.
Suite à ces incidents connus et après cogitations, on décide de protéger l’extrémité du tube canon afin de diminuer le refroidissement de la culasse. En attendant la définition d’un bouchon obturateur, on utilisa des préservatifs ! Cela peut prêter à sourire, mais cet article n’était pas prévu dans la maintenance des canons…
Néanmoins, la participation méritoire des armuriers au détournement de ces humbles objets pour cet essai (facture de la pharmacie à l’appui…) permit le succès de l’expérimentation des tirs en altitude des avions « Vampire » !
Pour plus de précisions sur le sujet, il faut lire l’article de Jean SARRAIL « Le canon et le caducée », p. 103 de l’excellent ouvrage sur les vols d’essais de Jean-Claude FAYER (Le Centre d’Essais en Vol – Chronique des années 1945 à 1960).
L’armée de l’air allemande avait demandé au CEV Cazaux aide et assistance pour l’entraînement de ses pilotes aux tirs avec l’avion F-104 Starfighter. Pour assurer la maintenance de ces appareils, un détachement de spécialistes fut mis en place.
Les munitions furent entreposées dans un local de la soute du CEV qui, pour des raisons de sécurité, était éloignée des bâtiments et de la piste.
C’est en revenant d’une visite avec l’officier allemand que mon camarade LEROUGE, responsable de l’armement, lui fit remarquer et lui montra dans un fourré des bombes laissées par les allemands en 1945. Il lui dit : « Vous pourriez maintenant les récupérer ? »
L’officier allemand répondit avec un grand sourire : « Je vais en parler à mon supérieur »…
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